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Table ronde « transmission-reprise » d’entreprise

Journalistes et intervenants à la table ronde Ajpme du 20 novembre 2025

Transmissions et reprises d’entreprises : redynamiser le marché ! 

Le 20 novembre 2025, dans la perspective de la journée Transfair sur la transmission et la reprise des entreprises organisée le 24 novembre par la CCI Paris-Ile-de-France, l’AJPME a réuni des experts et des dirigeants de PME pour débattre de ce sujet.    

Alain Tourdjman, économiste, fondateur d’ALTC Études, a entamé les débats en présentant en avant-première les résultats d’une étude sur les transmissions familiales. Trois grandes tendances s’en dégagent : une baisse des transactions, qui, malgré un rebond en 2023 et 2024 (11 500 transmissions), n’ont pas retrouvé leur niveau pré-Covid ; les transmissions se font tant au niveau intra-générationnel qu’inter-générationnel ; elles marquent de fortes disparités sectorielles, avec par exemple un taux faible dans le secteur de la communication ou des services techniques, mais plus élevé dans l’industrie ou l’hébergement. 

Anticiper la transmission

À l’appui de cette analyse, Olivier Brière, directeur général des pompes Broquet, vice-président de la Fédération des industries mécaniques (FIM), a présenté une expérience concrète : il représente la quatrième génération à la tête de l’entreprise et à 56 ans, est en train d’organiser sa succession au profit de ses deux fils. Celui-ci a insisté sur la nécessité d’anticiper la transmission, expliquant avoir lui-même mis plus de dix ans à réunir les parts de l’entreprise disséminées dans la famille pour devenir actionnaire majoritaire. Il faut également compter plusieurs années pour réaliser une bonne transmission des savoir-faire, un élément essentiel pour réussir le passage de relais.

Le pacte Dutreil en discussion

Surtout, il a eu recours au Pacte Dutreil afin de reprendre une importante quotité des parts à son père sans avoir à acquitter des droits de succession prohibitifs, soulignant que sans ce dispositif, « il aurait fallu mobiliser 8 à 10 ans de résultat annuel pour financer la reprise, en bloquant tout investissement pendant la période ». Et il compte également y recourir pour transmettre l’entreprise à ses fils, alors même que la Cour des Comptes vient d’en recommander une réforme, estimant ce dispositif trop coûteux en termes de manque à gagner pour les caisses de l’Etat. 

Les intervenants se sont accordés sur la nécessité de maintenir le dispositif, en distinguant trois options, leur préférence allant à la première qui serait de conserver inchangé le pacte Dutreil. La seconde serait d’en faire une révision a minima, en maintenant le taux d’abattement sur les droits de succession et surtout en garantissant sa pérennité ; enfin si une réforme en profondeur était envisagée, il serait souhaitable de s’inspirer du dispositif équivalent italien, jugé plus clair et cohérent (aucun droit de succession à condition de maintenir l’emploi dans l’entreprise pendant une certaine période de temps).

Une offre et une demande pas toujours alignées

Cependant, les intérêts des repreneurs ne sont pas toujours alignés avec ceux des cédants. Comme en a témoigné Sophie Tréhoret, spécialiste de l’univers de la mode, qui cherche depuis deux ans une entreprise à acquérir. Elle cible les PME avec des produits à forte valeur ajoutée, et dont « les critères financiers permettent d’envisager non seulement de monter un LBO, mais aussi de verser un salaire au repreneur ». Mais les PME sur le marché présentent souvent un endettement trop élevé pour satisfaire à ces exigences. 

En outre « les banques se montrent de plus en plus exigeantes sur les apports personnels demandés aux repreneurs, qui vont jusqu’à 30 à 40% du montant de la reprise », a souligné Marc Canaple, responsable du pôle Droit et Économie de l’entreprise à la CCI Paris Ile-de-France. C’est un des cinq constats issus des consultations réalisées par cette CCI suite à la mission « Reprise » lancée par le gouvernement en juillet 2025. 

20 propositions pour favoriser les transmissions-reprises

Les quatre autres mentionnent une structuration insuffisante du marché, trop diffus et informel ; des offres d’accompagnement, pléthoriques et disparates selon les territoires ; le défaut d’anticipation des dirigeants cédants ; enfin, la complexité juridique et sociale des transmissions. C’est la raison pour laquelle la CCI a publié 20 propositions, dont notamment l’objectivation du marché avec des données répertoriées, l’accompagnement des jeunes repreneurs dans des incubateurs, ou encore l’accès à une documentation comptable et financière fiable. 

Journée Transfair, mission « Reprise » du gouvernement, pacte Dutreil….   Les transmissions et reprises d’entreprise restent un défi économique majeur pour préserver le tissu des PME et TPE hexagonales. 

Elisabeth Coulomb