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Les flops au top ! Visite de l’exposition du Cnam

Le 19 janvier 2026, l’AJPME a organisé une visite privée de l’exposition « Flop ?! Oser, rater, innover » au Musée des Arts et Métiers sous la houlette des deux commissaires de l’exposition.  Parfois drôle, toujours passionnante, l’exposition montre que si certains « flops » économiques et industriels sont de véritables voies de garage, d’autres ont posé d’indispensables jalons pour des réussites futures.

L’exposition présente un large florilège de projets ratés, bien que Marjolaine Schuch, cheffe de projet expositions au musée et Jean-Baptiste Taisne, co-commissaires de l’exposition, aient rappelé qu’il leur a fallu limiter la sélection tant les exemples étaient nombreux, des objets les plus courants jusqu’aux projets d’aménagement de grande ampleur !  

Des flops de toute taille

Parmi les premiers flops présentés, le pressoir Juicero proposait en 2016 pour pas moins de 700 dollars de presser des poches de fruits ou de légumes frais pour obtenir des jus, alors que l’on obtenait le même résultat en pressant les pochettes à la main. La Hot Bertha, la bouillotte de Philippe Starck, beau joueur puisqu’il est partenaire de l’exposition, était dotée d’un manche très design, mais qui laissait échapper de la vapeur bouillante sur les mains.

Le Juicero, un appareil finalement inutile (photo Ajpme)

Parmi les projets de grande ampleur, celui de la RATP à la fin des années 1970, baptisé Aramis, avait pour objectif de désembouteiller Paris. Il proposait un mode de transport en commun fondé sur des petits véhicules circulant en réseau sans arrêt intermédiaire, présentés comme une alternative à la voiture individuelle : 17 ans de recherches, de travaux, d’atermoiements, entre de très nombreux interlocuteurs (RATP, Matra, la Région, l’État, la Ville de Paris… ) aux priorités parfois mal alignées et dont la coordination s’est avérée problématique. Des coûts trop importants, dans un contexte politique instable, ont finalement eu raison du projet.

Les petites cabines du projet Aramis (photo Ajpme)

Des raisons multiples de rater

Petits ou grands, les échecs ont des raisons multiples. Raté par péché d’orgueil, comme le bateau Vasa. Son commanditaire, Gustave II Adolphe, roi de Suède, imposa une conception irréaliste. Trop lourd, le Vasa coula lors de sa première mise en eau le 10 août 1628. Raté marketing, avec la Renault 14 que la campagne commerciale à la fin des années 1970 comparait à une poire, comparaison que les acheteurs potentiels ont repris à leur compte. Autre raté encore, avec une poupée vêtue de haillons sensée susciter l’empathie chez les enfants. En réalité, son aspect inquiétant les terrorisait.  

Une poupée plutôt Chucky que Cendrillon… (photo Ajpme)

Raté d’usage du premier assistant connecté Nabaztag au début des années 2000.  Son succès commercial, avéré, est dû à son seul design, un lièvre mignon. A l’époque, le wifi étant peu répandu, il a rarement été connecté. Raté technologique comme la Citroën GS Birotor, équipée d’un moteur à piston rotatif, plombé par sa surconsommation et la nécessité d’en changer les joints tous les 10 000 kilomètres. Raté numérique avec le crash de la sonde Mars Climate Orbiter en 1999.  Les équipes qui ont travaillé sur le développement de l’appareil pendant 4 ans ne se sont jamais rendu compte que certains logiciels mis en œuvre utilisaient des systèmes d’unités différents.

Le Nabaztag, un joli bibelot, mais rarement connecté (photo Ajpme)

Un catalogue des objets introuvables

Faisant un grand pas de côté, l’artiste Jacques Carelman a conçu un Catalogue des objets introuvables qui rassemble des inventions improbables et loufoques : une enclume de voyage ou un piano en trois morceaux, une table de ping-pong ondulée… Autant de flops volontaires et plein d’humour !

La table de ping pong de Jacques Carelman intrigue les visiteurs (photo Ajpme)

Rater pour mieux réussir

Mais souvent un échec permet d’avancer, voire conduit à des innovations majeures. Ainsi la RATP a radicalement modifié sa conduite de projets suite à l’échec du projet Aramis. En outre, la poursuite des travaux sur l’automatisation des transports en commun a débouché quelques années plus tard sur la ligne 14, première ligne automatisée du métro parisien. Le Nabaztag a ouvert la voie à de véritables enceintes connectées à la fin des années 2010. En matière de visiophonie, les premiers essais en matière de visiophonie remontent à 1927. Les recherches se sont ensuite poursuivies, boostées par l’apparition du tube cathodique pour aboutir au lancement par AT&T lors de l’exposition universelle de 1964 de cabines de visiophonie dont certaines seront installées dans des villes américaines.  Le coût exorbitant des appels, 27 dollars (soit 400 euros actuels) pour 3 minutes, signe l’échec du projet, mais pas des travaux qui aboutiront des années plus tard à une technologie viable. Le Bi Bop, premier téléphone portable lancé en 1991 était trop lourd, trop coûteux et nécessitait une infrastructure trop contraignante pour réussir. Toutefois, il peut être considéré comme l’ancêtre des téléphones portables. Un « flop » nécessaire, en quelque sorte…

Le visiophone Matra dans les années 1970 (photo Ajpme)

Un vrai succès

Ce florilège de ratages montre bien combien le flop d’aujourd’hui peut devenir le succès de demain – au profit d’un autre projet, éventuellement, il est vrai. Mais l’exposition en elle-même constitue un véritable succès pour le Musée des Arts et Métiers : elle se déroule la plupart du temps en jauge pleine.

Au passage, devant le musée : Zeus, le cheval métallique des Jeux Olympiques de Paris 2024, une vraie réussite…

Le cheval métallique des Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l’enceinte du Cnam

Elisabeth Coulomb