Recrutement des cadres : quelles difficultés, spécificités et solutions ?
Le 9 avril 2026, l’AJPME a organisé avec l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) un atelier sur le recrutement des cadres dans les PME/TPE et sur les difficultés rencontrées dans ces démarches.
« Les PME recruteront 6 cadres sur 10 en 2026, a souligné d’emblée Gaël Bouron, responsable adjoint du pôle Études de l’APEC. Avec 200 000 recrutements de cadres, elles représentent plus de la moitié du marché. » Les PME n’ont pas plus de difficultés à attirer les candidats que les ETI et grandes entreprises. Certes la rémunération proposée est souvent plus élevée dans les grandes entreprises, mais d’autres critères comme la polyvalence, la proximité avec la direction ou le sens du travail jouent en faveur des PME, selon l’APEC.
Des PME moins bien outillées
En revanche, les PME sont moins bien outillées que les grandes structures pour mener à bien les recrutements. « Les collaborateurs en charge du recrutement sont souvent mal formés », a constaté Eric Picquot, Conseiller Entreprise à l’APEC. Par manque de temps et de moyens, les PME font rarement un travail de réflexion pourtant nécessaire en amont du recrutement, sur l’objectif de l’emploi proposé, le niveau de performances attendues, mais aussi sur les attentes des candidats. Elles se contentent souvent de fixer une longue liste de compétences requises et pondèrent trop fortement l’outil « entretien », qui s’avère pourtant peu efficace faute d’avoir été correctement préparé.
Le risque d’une erreur de casting
Pour limiter le risque d’une erreur de casting, les PME comptent alors sur leur réseau : « en 2024, 43 % des PME ont recruté un candidat déjà connu ou recommandé contre 32 % pour les ETI et grandes entreprises », précise Gaël Bouron. Elles font également appel à des cabinets de recrutement, avec des résultats inégaux. Dans certains cas, l’expérience est jugée peu satisfaisante et coûteuse. Mais des cabinets de recrutement locaux fournissent un accompagnement à long terme er de proximité apprécié des PME. L’APEC propose de son côté une palette d’outils gratuits pour accompagner ces PME dans leurs recrutements.
Un mois pour recruter
Ainsi Karine Laffont, chargée de mission RH au Sedima (Syndicat national des entreprises de service, distribution et location du matériel agricole, espaces verts et métiers spécialisés), PME de 15 salariés, a été confrontée au remplacement urgent du responsable de la comptabilité. Elle a mis en place un processus resserré qui a permis de pourvoir le poste en un mois. Il est organisé en deux rencontres : la première d’une durée d’environ deux heures comprend un entretien avec un opérationnel et une mise en situation, la deuxième est un entretien avec le dirigeant du syndicat. « Ce processus de recrutement figure dans nos annonces avec une fourchette de rémunération », précise Karine Laffont.
Une recherche par profilage des candidats
Jacques Manzoni, directeur général chez FIB (Fédération française des industriels de la préfabrication béton), a dû faire face ces derniers mois au départ en retraite de la responsable juridique et sociale et à la démission d’une chargée de mission, soit « le renouvellement de 40 % de notre effectif de 6 salariés », souligne-t-il. Il a choisi de recourir à l’APEC, pour une question de coût, mais aussi après une expérience « mitigée » avec un cabinet de recrutement. Avec l’APEC, un ciblage efficace des candidats a débouché sur une sélection de profils plus adaptés aux postes et lui a permis de mener à bien les deux recrutements.
Utiliser l’IA… ou pas
Enfin, interrogés sur l’obligation de mentionner un niveau de salaires dans les annonces, conséquence de la directive européenne sur la transparence salariale, Karine Laffont comme Jacques Manzoni ont estimé cette évolution très positive, pour permettre tant aux recruteurs qu’aux candidats de mieux cibler leur recherche. En revanche, les deux entrepreneurs ainsi que les experts de l’APEC se sont montrés plus prudents sur l’utilisation d’une IA dans les processus de recrutement, soulignant un risque de déresponsabilisation.
Elisabeth Coulomb




