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Industrie : quelle est l’ampleur de la concurrence extra-européenne, notamment chinoise ?

Intervenants et journalistes à la table ronde Ajpme du 19 mars


Jeudi 19 mars 2026, l’Ajpme a organisé, une table ronde sur ce sujet avec la présentation de la deuxième édition de l’Observatoire Evolis, organisation professionnelle des biens d’équipement : « Flux extra-européens de machines et solutions industrielles ». Ont participé à cette table-ronde : Chloé Dion, chargée d’études Evolis, Jean-Claude Fayat, président de la FIM (Fédération des industries mécaniques), Fabien Vincentz, président d’Evolis. Sylvain Bersinger, fondateur de Bersingéco, cabinet d’études et analyses économiques, a analysé les impacts pour l’industrie française.  

Près de 7 entreprises sur 10 constatent une augmentation de la concurrence extra-européenne depuis quelques années et 8 sur 10 ont perdu des contrats face à des concurrents hors Union européenne. Tels sont les principaux enseignements de la deuxième édition de l’Observatoire Evolis de la concurrence extra-européenne.  « Avec près de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 80 000 emplois, cette filière stratégique pour l’économie française est sous pression », commente Chloé Dion, chargé d’études au sein de l’organisation professionnelle, qui représente les fabricants français de machines, d’équipements et de solutions industrielles.

Montée en puissance de la Chine

Dans ce contexte, la Chine s’impose très nettement comme le principal concurrent. D’autant que cette concurrence change de nature : longtemps concentrée sur l’entrée de gamme, elle s’étend désormais au moyen et haut de gamme. « La Chine devient notre troisième fournisseur derrière l’Allemagne et l’Italie », poursuit Chloé Dion.

Si ces tendances se poursuivent, les industriels redoutent une marginalisation progressive des fabricants européens sur les segments standardisés, une intensification de la guerre des prix, ainsi qu’une recomposition des chaines de valeur au profit d’acteurs extra-européens.

Pour Evolis, l’Europe doit réagir et garantir des conditions de concurrence réellement équitables. « La question est de s’assurer que les mêmes règles s’appliquent à tous », souligne Fabien Vincentz, président d’Evolis. Il plaide en effet pour une vision industrielle européenne : « On ne peut pas imaginer défendre notre marché français sans une coordination au niveau européen, estime-t-il. Nous devons pouvoir produire en Europe et être compétitif. »

Retrouver de la compétitivité

Pour Jean-Claude Fayat, vice-président d’Evolis, l’important est d’avoir une vision à long terme et pas uniquement court-termisme.  Rappelant que la Chine ne joue pas avec les règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), et qu’il s’agit d’un capitalisme d’État, et non un capitalisme classique. L’important, pour lui, est de donner les moyens aux entreprises de ce secteur de retrouver de la compétitivité. Sinon c’est la mort assurée. « En tant qu’organisation professionnelle, notre rôle est de trouver des solutions ». par exemple : pas de protectionnisme généralisé, mais ciblage sur certains codes douaniers. 

Quant à Sylvain Bersinger, fondateur de Bersingéco, cabinet d’études et analyse économiques, il estime que la concurrence chinoise constitue une grande menace pour l’industrie française dans son ensemble mais aussi une opportunité. Par ailleurs, « Si l’Europe augmente ses droits de douane, la Chine prendra des mesures de rétorsion », met-il en garde. « Il ne faut pas aller vers des mesures générales à l’encontre de ce pays, poursuit-il. Cela ne veut pas dire, pour autant qu’il ne faut rien faire, notamment quand les normes ne sont pas respectées, quand il s’agit de production stratégique ou encore quand la Chine est en passe d’avoir le monopole… ».

Sophie Mensior