Table ronde Mécénat des PME

Le 19 mai 2017 – Entre 2014 et 2016, le mécénat d’entreprise a bondi, passant de 2,8 à 3,5 milliards d’euros (baromètre Admical). Mais quand près d’une grande entreprise sur deux est mécène, c’est le cas de 12% seulement des TPE et de près du quart des PME. Sous quelle forme pratiquent-elles le mécénat ? Est-ce un luxe ou un enjeu stratégique ? L’AJPME a organisé le 19 mai une table-ronde sur le thème « Mécénat, quels enjeux pour les PME ? ».

Intervenants

Francois Debiesse, président d’Admical, association qui regroupe quelques 200 entreprises mécènes

Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME de Paris Ile de France Fondateur du prix Etienne Marcel qui récompense des entrepreneurs engagés

Stéphane Martinez, président de Mécène et Loire

Marine Nouvion, associée de l’Agence parisienne

 

Mécénat des PME, un réel potentiel à développer

La table ronde sur le mécénat des PME du 19 mai a permis de souligner tout le potentiel que recèle le mécénat en France, depuis son éclosion dans les années 80. Et notamment en régions.

La Loi Aillagon, l’un des meilleurs dispositifs au monde

Francois Debiesse, président de l’association Admical (‘Entrepreneurs de mécénat’), a rappelé que l’on doit le mot « mécène » à un proche de l’empereur Auguste, Caius Cilnius Mæcenas. Homme politique romain, éduqué en Grèce, il aurait dépensé une bonne partie de sa fortune à soutenir artistes et hommes de lettres – dont Virgile, Ovide – dans la Rome du 1er siècle avant notre ère.

Comme l’a rappelé François Debiesse, le mécénat en France doit beaucoup à Jacques Rigaud, fondateur d’Admical en 1979. P-dg de RTL, il fut directeur fondateur de l’établissement public du Musée d’Orsay en 1981, soutenu par Jack Lang. Pour une partie des financements, il s’inspira du modèle américain, en faisant appel à des fondations privées. Manager au sein de la banque Paribas, François Debiesse a aussi participé à la mise en place d’une fondation à vocation culturelle au sein de cette banque.

« Avec Admical, nous avions deux priorités : d’une part, faire du lobbying auprès de l’administration fiscale pour créer un cadre légal incitatif (la Loi Aillagon du 1er août 2003 – l’un des meilleurs dispositifs au monde, efficace même si les avantages fiscaux ne constituent pas la motivation première des entreprises mécènes ; les déductions fiscales sont plafonnées à 0,5% du chiffre d’affaires des grandes entreprises). L’autre priorité était de sensibiliser les entreprises et de rapprocher les mondes du ‘for profit’ et du ‘non profit’. Or, il faut savoir que la France compte 16 millions de bénévoles: c’est un terreau formidable ».

S’agissant de la contribution des entreprises, la disparité est grande entre les petites et les grandes : si les TPE et les PME représentent 75% du nombre de mécènes, il reste que 50% du montant total des sommes versées en France au titre du mécénat (environ 7 milliards) proviennent de moins de 3% des grandes entreprises.

Savoir traverser les crises financières

Certes, explique François Debiesse, il faut savoir traverser les périodes de crise économique, comme celle de 2007-2008 dont les effets se sont fait ressentir jusqu’en 2016. « Depuis quelques mois, on assiste à un redémarrage des programmes », affirme-t-il.

Le mécénat n’est pas seulement financier. Il s’effectue également en nature, par exemple, avec la mise à disposition de locaux ou de compétences. La dimension RSE (Responsabilité sociale des entreprises) tend également à ouvrir les portes, constate le président d’Admical : « Il est nécessaire qu’un dialogue vienne s’enrichir de la participation des collaborateurs de l’entreprise : c’est fondamental, explique-t-il. On constate de plus en plus une volonté d’engagement des personnes au sein des entreprises, une demande de sens, avec engagement social ».

La contribution sous forme de compétences (par exemple la formation ou l’accompagnement de start-up dans les quartiers difficiles) est estimée, en France, à 12% de la valeur totale du mécénat.

Le mécénat est un facteur de liens qui fédère les énergies, dans l’entreprise et autour d’elle, avec la création possible d’un nouvel écosystème par exemple auprès des collectivités locales ou du monde associatif – en d’autres termes, le « vivre ensemble ».

Savoir communiquer

Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME de Paris Ile-de-France et président de la commission financement de la CPME, a témoigné :

« Mon entreprise étant située dans le 19ème arrondissement de Paris, nous menons, au quotidien, des actions sociales dans les quartiers défavorisés. Nous n’avons certainement pas la même vision du mécénat que L’Oréal ou d’autres grands mécènes. Nous engageons souvent des dépenses sur nos fonds propres, pas seulement ceux de l’entreprise. Beaucoup d’actions peuvent être réalisées mais il faut savoir communiquer. Nous sponsorisons des matches de foot, par exemple, ou il nous arrive de prêter un véhicule d’entreprise. Nous apportons également une dimension culturelle : avec la Philharmonie de Paris, un groupe de 25 chefs d’entreprises a invité des jeunes, des stagiaires qui n’avaient jamais vu une cantatrice de leur vie. Et d’ajouter : « Beaucoup d’actions peuvent être réalisées mais il faut savoir communiquer ».

S’agissant du sport, notamment, quelle différence entre sponsoring et mécénat ?

« La jurisprudence est claire : le sponsoring, non défiscalisé, c’est 100% de contrepartie possible, alors que dans le mécénat la contrepartie ne doit pas excéder 25% (distribution d’entrées gratuites, par exemple). On s’expose toujours à des contrôles ».

Soutien à l’apprentissage

Marine Nouvion, co-fondatrice de l’Agence Parisienne, petite agence immobilière créée en 2010 à Paris, est mécène de l’association des Apprentis d’Auteuil (Paris) depuis le démarrage de son activité. « Nous avons signé un accord de partenariat et nous leur versons 1% de notre chiffre d’affaires (alors que le plafond fiscal est à 0,5%). En France, cette association d’utilité publique prend en charge 25 000 enfants en difficulté, placés par un juge. Ils ressortent généralement avec une formation et un diplôme. Nous nous préoccupons de faire connaître les Apprentis d’Auteuil, par exemple, lorsque nous organisons des réceptions pour nos clients, nous les mentionnons sur nos invitations et dans notre communication ».

L’option Fondation

Stéphane Martinez, président de Marty Sports, une PME de Maine & Loire (Saint-Clément de la Place), a témoigné également : « Au sein de la Chambre de Commerce d’Angers, nous avons eu envie de collecter des fonds et de les redistribuer. J’ai été nommé responsable du mécénat (orienté PME). Après réflexion, nous avons opté pour la création d’une fondation pour une durée de 5 ans, abondé à hauteur de 30 000 euros par an (en respectant le plafond de 0,5% du chiffre d’affaires des PME contributrices et en donnant une voix à chaque membre).  Nous avons mis 6 mois à réunir les membres, nous y sommes parvenus, en attirant non seulement des PME mais jusqu’au CHU d’Angers ».

Les résultats sont là : le département 49 est au-dessus de la moyenne nationale en termes de mécénat.

« Nous communiquons beaucoup, autour de nos actions, de notre charte. Nous lançons un appel à projets chaque année et nous enregistrons jusqu’à 150 dossiers. Nous avons également ouvert une bourse pour artistes de moins de 35 ans. Dans notre élan, l’étape suivante a été de créer un pôle régional », ajoute Stéphane Martinez.

Les régions se bougent !

Roxane Scheibli, chargée des clubs de mécènes de la Fondation du Patrimoine, a expliqué comment il est possible d’aider les petites structures, en rassemblant des initiatives d’entrepreneurs, dans les domaines artistique, historique, culturel…, « avec la préoccupation de transmettre le savoir-faire ». « Depuis 2010, une trentaine d’initiatives ont été concrétisées à l’échelle des départements. 90% de nos 5 250 membres sont des micro-entreprises ».

Beaucoup de petits projets de territoire voient le jour. C’est important car le mécénat des grandes entreprises est aspiré par les grands projets d’envergure nationale (comme le projet de Cité du Théâtre, porte de Clichy, à Paris par exemple) Il faut donc se battre dans les territoires.

Mais la bonne nouvelle est qu’il y a un réel potentiel : 86% des entreprises en France ne sont pas encore impliquées dans le mécénat. « Et on voit des regroupements intéressants qui s’opèrent dans les régions : Ardèche, Normandie, Mayenne », conclut Roxane Scheibli, qui a également bon espoir que le nouveau gouvernement sera favorable à élargir le cadre législatif, « tout en maintenant des garde-fous ».

Pierre Mangin