Table ronde : PME, à quelles conditions est-il rentable de produire en France ?

Le 16 novembre 2018. L’Ajpme a organisé, le 8 novembre dernier,  une table ronde sur le Made in France sur le thème : PME, à quelles conditions est-il rentable de produire en France ? . Contact : assoajpme@gmail.com

Intervenants

Thomas Courbe, Directeur Général des Entreprises. Ministère de l’économie et des finances.

Julien Lippi, Directeur Général de Lippi.

Paul de Montclos, Président du Syndicat Textile de l’Est.

Alban Muller, PDG d’Alban Muller.

21 000 emplois créés dans l’industrie

Selon les statistiques de la DGE (direction générale des entreprises), 25 000 PME industrielles sont recensées en France. En termes d’implantation, elles sont plutôt situées en région qu’en Ile-de-France.  « Aujourd’hui elles sortent de la crise, reconstituent leurs marges et connaissent une accélération de leur activité assez nette », a indiqué Thomas Courbe, directeur général des entreprises à Bercy. Autre donnée positive : 21 000 emplois ont été créés dans l’industrie pour la première fois depuis 20 ans. De bons indicateurs pour ce secteur, fortement exportateur.

Après cette présentation chiffrée, plusieurs chefs d’entreprise ont expliqué les raisons qui les poussent à produire en France.

« Un choix militant »

Tout d’abord Julien Lippi, directeur général de l’entreprise éponyme. Créée en 1963, cette entreprise familiale fabrique du mobilier d’aménagement extérieur (clôtures, portails…) Basée en Charentes, elle comprend 180 personnes. « Pour nous, c’est un choix militant de conserver notre production dans l’Hexagone, affirme Julien Lippi. Produire en France, c’est d’abord une question de volonté ». 10 % des ventes sont assurées par son réseau propre et 90 % par un réseau indirect (grande distribution, distribution et installateurs spécialisés). Si l’entreprise n’exporte plus, elle a prévu de s’y remettre avec un système de franchise.

Ce choix de produire en France nécessite une « excellence et beaucoup de cohérence », selon Julien Lippi, que ce soit en termes commercial, financier et opérationnel. « Trop de dirigeants de PME gèrent le compte de résultat alors qu’il faut gérer le bilan », estime le chef d’entreprise.

Associer le personnel

Alban Muller, dirigeant fondateur de l’entreprise éponyme de cosmétiques naturelles, a livré également son témoignage. Implantée dans la Cosmétic Valley près de Chartres, l’entreprise, qui s’est vue décerner le label EPV (Entreprise du patrimoine vivant), comprend 90 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros.  Sa spécificité : l’extraction de plantes destinées à la santé et la beauté, c’est-à-dire de la phytothérapie scientifique. « Nous fabriquons des produits naturels, notre démarche est sous-tendue par l’excellence », indique Alban Muller. Pour lui, l’important est d’y associer le personnel, selon les principes du lean management.

Mettre en valeur une filière

Président du syndicat textile de l’Est, et président de l’entreprise de linge de maison Garnier-Thiébaut qu’il a reprise en 1995, Paul de Montclos a communiqué quant à lui son expérience dans un secteur en crise il y a quelques années. C’est dans le cadre de son expérience chez Garnier Thiebaut, qui réalise plus de 55 % de son chiffre d’affaires à l’export, qu’il a été sollicité pour la présidence du syndicat textile de l’Est. Il s’est alors employé à mettre en valeur cette filière, composée de petites PME atomisées. Afin de valoriser les produits crées dans les Vosges a été lancé le label « Vosges Terre Textile », est décerné quand 75 % des opérations industrielles sont réalisées sur cette zone. « Les différents acteurs ont appris à travailler ensemble et nos salariés ont retrouvé de la fierté », raconte cet infatigable dirigeant. La filière, qui a pu trouver des solutions en interne, est désormais dans une démarche positive. Tout un programme qui a nécessité une bonne dose d’imagination et d’énergie…

Sophie Mensior