Table ronde sur la reprise d’entreprise

15 novembre 2012 – Le profil des repreneurs et les conditions de succès, la rencontre avec le «  cédant », les surprises à escompter quand on achète une « boîte », les montages financiers possibles… L’expérience de Franck Vasseur, qui a repris une entreprise de pompes funèbres, a servi de trame à la table ronde sur la reprise d’entreprise.

Intervenants

Franck Vasseur, repreneur de l’Autre rive

Maxime Amieux, chef de produit et responsable du réseau «  passez le relais », à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris

Jean-Pierre Robin, membre du conseil d’administration des Cédants et repreneurs d’affaires (CRA)

Florent Lamoureux, directeur du marché des professionnels à la Caisse d’épargne

Anne Guérin, directrice régionale d’Oséo en Ile-de-France

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Florent Lamoureux

 

Pourquoi une reprise plutôt qu’une création ?

«  Je ne me suis jamais réveillé un  matin en me disant : Eureka, j’invente un truc » raconte Franck Vasseur. Il a donc préféré racheter une entreprise. Ce fils d’agriculteur qui a exercé des responsabilités chez des éditeurs de logiciels importants  après avoir effectué une école de commerce, a  raconté son parcours. «  L’intérêt de la reprise, c’est qu’on peut se rémunérer dès le début », explique  ce père de deux enfants, qui ne pouvait pas se permettre de travailler plusieurs années sans salaire. Il a donc choisi de reprendre la société funéraire  « L’autre rive ».

La rencontre repreneurs / cédants

A 35 ans, Franck Vasseur est un peu plus jeune que les repreneurs d’entreprises tel que les décrit Maxime Amieux, chef de produit et responsable du réseau «  passez le relais », à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. «  850 repreneurs sont accompagnés chaque année en Ile-de-France. Ce sont souvent des cadres supérieurs de grands groupes internationaux qui ont 45 ans en moyenne (…) Ils ont un  profil financier, marketing, commercial… 30 à 40 % de ceux qui viennent nous voir aboutissent. Ils ont souvent fait des études supérieures », explique  Maxime Amieux.  De l’autre côté de la table de transaction, les cédants «  sont la plupart du temps des autodidactes, qui ont créé eux-mêmes leur affaire. Vers 60 ou 65 ans, ils se retrouvent face à des repreneurs qui ont un profil diamétralement opposé. «  Qui c’est ce financier ? » se demande parfois le cédant qui cherche un peu le gendre idéal »  ajoute-t-il. Jean-Pierre Robin, membre du conseil d’administration des Cédants et repreneurs d’affaires (CRA), ajoute que les cédants, effrayés à l’idée de se retrouver à la retraite, peuvent parfois changer d’idée à la dernière minute et refuser de vendre leur entreprise…

De façon générale, l’offre et la demande ont du mal à se rencontrer, mis à part pour les fonds de commerce, où la problématique est différente : en Ile-de-France,  90 % des entreprises à céder comptent  moins de 10 salariés. Et 90 % des repreneurs cherchent des entreprises de plus de 10 salariés. Le cédant de «  L’autre rive »  est atypique : «  il avait 41 ans. Il avait un profil très créatif, mais il n’avait pas voulu dupliquer les points de vente, car il n’était pas prêt à prendre le risque » explique Franck Vasseur, qui connaissait le secteur funéraire  pour l’avoir étudié en école de commerce.

Cédant et repreneur peuvent il cohabiter ?

Pour autant, il  manquait à ce néo-entrepreneur  la connaissance pratique du métier. Du coup, une fois la reprise effectuée,  «  le cédant est resté pendant 5 mois, 3 jours par semaine, pour m’apprendre le métier, l’opérationnel. C’est très intéressant pour cela. J’avais besoin de cette période d’apprentissage », se souvient Franck Vasseur.  Pour Jean-Pierre Robin, «  le cédant a un carnet d’adresses  formidable qui peut lui permettre de rester utile, en continuant à contribuer au développement commercial de l’entreprise ». Et Jean-Pierre Robin de citer l’exemple d’un cédant qui s’étant fait «  tout petit »,  a déplacé son bureau dans un bâtiment annexe pour faire fructifier son agenda.

Anne Guérin, directrice régionale d’Oséo en Ile-de-France, est beaucoup moins enthousiaste.  «  Il faut passer le relai au niveau commercial et auprès des salariés pour que le repreneur soit présenté, et après s’esquiver. La présence du cédant peut faire des dégâts. Cela doit être court, et très bien défini » estime-t-elle. Franck Vasseur témoigne d’une cohabitation difficile : « C’était compliqué car il continuait à y avoir deux patrons. Aujourd’hui, (…) j’ai entièrement renouvelé l’équipe ».

Les surprises dans la boite

Les ressources humaines ont en effet constitué la grande difficulté de son projet. «  J’ai eu des gros problèmes à gérer avec l’humain, les salariés », se souvient-il. De ce point de vue, il est difficile en effet de bien connaitre la situation interne de l’entreprise avant d’y être… En revanche, l’entrepreneur qui craignait une diminution du chiffre d’affaires n’a pas eu à subir ce problème. Parmi les autres mauvaises surprises que peuvent rencontrer les repreneurs d’entreprise, ajoute Anne Guérin, « il peut y avoir des fournisseurs payés à 90 jours suite à un accord avec l’ancien patron, et qui remettent en cause ce délai »

Montages financiers

Pour pallier ce type d’imprévu,  la professionnelle préconise donc de prévoir de la marge financière dans le plan de reprise de l’entreprise. «  Acheter au bon prix va permettre de garder un peu de cash disponible  pour faire face aux aléas. Quand on a des grosses charges de remboursement, cela peut empêcher de faire des investissements, par exemple. Il  faut faire  attention à la dette. Autrement, au lieu de passer son temps à développer l’entreprise, on se soucie  de la  trésorerie », met en garde Anne Guérin.  Franck Vasseur, lui, a emprunté 400 000 euros sur 7 ans, auprès de la Caisse d’épargne, après avoir mis en concurrence 4 établissements. Et a ajouté 200 000 euros d’apport personnel. «  Il faut avoir de l’apport. Un ou deux tiers », approuve Anne Guérin.

Pour ouvrir son  deuxième magasin, Claude Vasseur a préféré avoir recours à une autre banque, «  pour ne pas mettre tous les œufs dans le même panier ». En  sus du banquier, d’autres professionnels sont indispensables pour réaliser une reprise d’entreprise. Franck Vasseur a dépensé quelques 30 000 euros pour cela. Pour lui, l’expert-comptable s’est révélé «  très utile ». De l’avocat, il retient surtout l’addition, salée. L’entrepreneur s’est également adossé au Réseau entreprendre pour disposer d’un accompagnement : « C’est très utile. Toutes les 3 semaines, on a rendez-vous avec un parrain, des experts… Ce sont des ouvertures indispensables », conclut-il. « Celui qui ne s’est entouré d’aucun conseil…   cela nous inquiète  un peu », confirme Florent Lamoureux, directeur du marché des professionnels à la Caisse d’épargne.

Pourquoi peu de femmes à la reprise ?

D’après une étude de la Caisse d’épargne, les femmes ne sont à l’initiative que d’un tiers des créations d’entreprises,  reprises comprises. Celles qui se lancent ont un profil assez proche de celui des hommes, même si elles sont un peu plus âgées et un peu plus diplômées. Elles choisissent également des secteurs d’activités moins techniques. Pour Florent Lamoureux, si les femmes se lancent moins, c’est surtout «  parce qu’elles n’osent pas.  Elles sont moins sûres d’elles, elles  prennent plus de temps à se préparer ».