Entretien avec Catherine Barbaroux (ADIE)

Le 2 octobre 2014 – A l’occasion du lancement de sa campagne « Il n’y pas d’âge(s) pour créer sa boîte ! », la présidente de l’Adie, Catherine Barbaroux, a exposé le rôle et les ambitions de l’association qui distribue des microcrédits aux personnes exclues du système bancaire pour « Donner les moyens d’entreprendre à ceux qui n’ont pas les moyens ». L’Adie, qui veut accompagner 25.000 personnes par an en 2017, a trouvé sa place, unique, dans l’écosystème du financement de la création d’entreprise, et multiplie les partenariats.

Objectif : accompagner 25 000 personnes à l’horizon 2017

Il y a 25 ans, Maria Nowak créait l’Adie en France en s’inspirant de l’action de Mohamed Yunus, économiste du Bangladesh, créateur de la première institution de microcrédit au monde, la Grameen Bank. Aujourd’hui, l’Adie compte 450 salariés, 120 agences, et s’appuie sur 1300 bénévoles. Catherine Barbaroux, présidente de l’association depuis 2011, a rappelé sa raison d’être : elle distribue des microcrédits, assortis de prêts d’honneur, primes ou avances remboursables, à des personnes exclues du système bancaire, pour leur permettre de retrouver une activité via la création d’entreprise. 14 000 microcrédits ont été accordés en 2013.  L’activité croit de 15 % par an et l’objectif est d’accompagner 25 000 personnes par an à l’horizon 2017. « Le taux de remboursement des microcrédits est de 97,56% ! Les entreprises que nous aidons à créer sont pérennes à 70 % au bout de deux ans et à 59 % au bout de trois ans… Et même parmi ceux qui échouent, 84 % retrouvent un emploi », se félicite Catherine Barbaroux.

« Donner les moyens d’entreprendre à ceux qui n’ont pas les moyens » est la devise de l’Adie. L’association permet de faire naître des entreprises de proximité, qui créent de l’emploi non délocalisables et souvent dans des territoires en difficulté. Elle permet à des personnes de sortir du RSA (42 % des bénéficiaires de l’Adie sont au RSA) et coûte très peu à la collectivité : 1 800 euros par personne accompagnée. Un coût infiniment plus faible pour l’Etat que celui des contrats aidés ou de l’indemnisation du chômage, précise sa présidente.

« Il n’y a pas d’âge(s) pour créer sa boîte ! »

L’association a lancé sa campagne « Il n’y a pas d’âge(s) pour créer sa boîte ! » et le prouve ! D’ores et déjà, 25 % des clients de l’Adie ont moins de trente ans. L’Adie a mis en place à l’intention des jeunes, dans les quartiers difficiles, un cycle de formation de six semaines, « Créa Jeunes », pour les aider à passer de l’idée au projet. En direction des personnes expérimentées, elle a engagé un programme avec l’assureur AG2R La Mondiale. Aux seniors, elle propose un nouveau  dispositif « Adie Micro Business » : une session collective de formation d’une semaine afin d’aider les porteurs de projet à identifier leurs points forts et leurs points faibles, assortie d’un accompagnement individuel.

« Les freins à l’entrepreneuriat en France ne sont pas nouveaux, ils sont bien connus et il y a une forte « viscosité » de ce problème, selon Catherine Barbaroux. Pour autant, il y aura « un avant et un après » la création du régime de l’auto-entrepreneur. Nous avons défendu ce régime bec et ongles, même si nous considérons qu’il n’est pas la panacée ».

Prêts de 3000 euros à des créateurs

« A l’Adie, on peut passer 15 heures à écouter un porteur de projet pour, à la fin, lui prêter 3000 euros, ce qu’aucune banque ne peut faire ! Mais notre rôle n’est pas le même que celui des banques. D’ailleurs nous travaillons en bonne intelligence avec les banques commerciales car elles ont bien compris que les clients de l’Adie sont des futurs clients pour elles », ajoute la présidente.

L’Adie a passé un accord avec Babyloan, acteur du crédit solidaire en ligne, pour soutenir certains projets, et est très sollicitée par des plates-formes de crowdfunding pour leur apporter des projets d’entreprises à financer. Elle développe par ailleurs une offre de micro-assurance, en partenariat avec Axa et la Macif, pour permettre aux micro-entrepreneurs de s’assurer dans de meilleures conditions. L’association croit beaucoup à la formule de la micro-franchise. A ce jour, elle a conclu deux partenariats, avec le groupe 02, pour lancer une micro-franchise de jardinage et de petits travaux, et avec Chauffeur & Go, une coopérative qui propose de la « location » de chauffeur sans voiture. D’autres projets sont à l’étude.