Quel avenir pour le commerce de centre-ville ?

Quel avenir pour le commerce de centre-ville ?

Cette table ronde de l’Ajpme s’est déroulée le 27 février 2020 à Paris, dans la perspective des élections municipales de mars. Elle a réuni des élus locaux et des représentants des acteurs du commerce et de la distribution.

La table ronde a réuni des élus locaux et des représentants des acteurs du commerce et de la distribution.

Les commerçants de centre-ville ont été particulièrement éprouvés par les mouvements sociaux depuis dix-huit mois ; ils doivent aussi faire face à la concurrence croissante des achats sur Internet et repenser leur modèle.

Sylvie Bléry-Touchet, adjointe au maire de la ville de Sceaux, à la vie économique, au commerce, à l’artisanat et au tourisme, a amorcé la conférence en présentant le panel d’outils mis en place par cette ville de 20 000 habitants, afin de dynamiser son centre-ville et ses 250 commerçants, essentiellement des métiers de bouche. En 1976, la ville avait inauguré la première rue piétonne commerçante, devenue aujourd’hui un modèle du genre. Dès 2003, elle embauche un manager de centre-ville, et en 2006, elle crée avec plusieurs autres villes l’association « Centres-villes en mouvement », pour mutualiser les expériences et faire avancer les centres-villes. Une structure associative qui compte aujourd’hui 1000 adhérents et organise des assises européennes. La ville a également créé en 2013, aux côtés de la Chambre de commerce et d’industrie et des associations de commerçants, la plateforme « Sceaux shopping », animée par un community manager, qu’elle partage avec la ville de Montrouge. Cette dynamique de territoire explique un taux de vacances commerciale de seulement 3%.

Des solutions digitales pour les artisans et commerçants

Gérald Barbier, premier vice-président, chargé du commerce, de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Paris, membre élu de la CCI Paris-Île-de-France et lui-même chef d’entreprise de Barbier Luminaire, magasin installé dans le 16e arrondissement de Paris, constate les reports d’achat sur la petite couronne. « Le commerce dans les centres-villes est en difficultés actuellement. Les centres commerciaux fonctionnent bien en périphérie car les consommateurs ne viennent plus à Paris », regrette-t-il. Il conseille de travailler avec tous les acteurs et se félicite de la mise en place de la plateforme « Partenariale commerce » en faveur du commerce et de l’artisanat franciliens. Ce pop-up store itinérant a été mis en place en juin 2018 avec neuf acteurs, dont la CCI de Paris, pour relever quatre défis : améliorer la relation au consommateur par de nouvelles pratiques, notamment grâce à la « boutique connectée nomade » destinée à faire découvrir des solutions digitales aux artisans et commerçants pour développer leur clientèle, mieux faire connaitre leurs produits et gérer leurs commandes ; développer le management des centres-villes ; réguler les implantations commerciales par des évolutions juridiques, sécuriser et développer la prévention.

Les bons chiffres de la franchise

Pour Michel Bourel, fondateur du réseau Cavavin, président de la Fédération française de la Franchise, qui a rappelé les derniers bons chiffres de la franchise –2 049 réseaux de franchise (soit +2,2%), 78 218 points de vente en franchise (+4%) et un chiffre d’affaires de près de 68 milliards d’euros (+9,3%). 757 852 emplois (directs et indirects), soit une hausse de +8,7% –, « l’avenir du commerce passe par la franchise ou le commerce associatif. La force de la franchise, c’est que les efforts sont mutualisés. Seul, c’est de plus en plus difficile ». Qui plus est, « les droits au bail pratiqués dans les centres-villes sont délirants ».

Deux « sociétés coopératives d’intérêt collectif » en France

Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France, qui représente 450 000 entreprises, constate qu’« un déséquilibre s’est créé entre les centres-villes et la périphérie. La machine commence juste à s’inverser, on parle de rééquilibrage. La mise en place d’un ministère de la cohésion des territoires était plus que nécessaire. Certaines régions comme l’Ile de France, les Hauts de France et l’Occitanie sont très actives pour faire vivre les commerçants. Il y a beaucoup d’unions commerciales qui animent les villes mais il faudrait rassembler tous les acteurs dans une même structure. » Pour y remédier, il a évoqué l’outil canadien mis en place en France depuis peu pour soutenir le commerce de proximité. Il s’agit d’une SCIC, société coopérative d’intérêt collectif. Les deux premières ont été inaugurées à Langogne en Lozère et à Carnaux dans le Tarn. Une vingtaine de villes sont intéressées pour faire de même en 2020. L’objectif ? Partager le pouvoir et gérer collectivement un territoire –privé, public, institutions– en mettant en place des projets ensemble et pour prendre, mutualiser ou contester des décisions. « Une SCIC dans une ville permet d’aller plus vite et plus loin dans les prises de décision et de collaborer dans l’intérêt général de la ville et du territoire. »

Découvrez les articles qui se réfèrent aux interventions de cette table ronde

Commerçants de centres-villes : l’avenir vous appartient, par Charlotte de Saintignon sur net PME (éditions législatives), le 5 mars 2020

Centre-ville, friches, e-commerce : les maires face à la nouvelle donne commerciale, par Laurence Albert et Laurent Marcaillou, dans Les Echos du 6 mars 2020