Table ronde annuelle sur le financement des PME

15 juin 2012 – Dans un contexte de crise persistante, les banques ont-elles adopté une politique de crédit restrictive envers les PME ? Les PME n’osent-elles plus demander de financement ? Les acteurs du capital risque ont-ils l’opportunité de gagner des parts de marché sur les établissements bancaires ? Point annuel sur le financement des PME en 2012.

Intervenants

Jean-Marc Durand, directeur général délégué, Oséo (ex Bpifrance Financement)

Albert Olivier, président du conseil de surveillance, IDF Capital

Philippe Gluntz, président de France Angels

Jean-Daniel Wurtz, responsable du marché des entreprises pour les réseaux, BNP Paribas

Bernard Cohen-Hadad, président de la Commission financement des entreprises, CGPME

 

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Philippe Gluntz

Un constat prudent  sur la relation banque – PME

En moyenne, une PME sur trois connait des problèmes d’accès au financement bancaire, d’après les derniers baromètres de la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME). A quoi cette situation tient-elle, et existe-t-il des pistes pour en sortir ? «  Il existe un volant d’entreprises qui ont été un peu essorées par la crise. Elles ont puisé dans leurs fonds propres et elles ne sont pas confiantes dans l’évolution économique. Il y a une volonté de ne pas s’engager pour ne pas créer de préjudice à l’entreprise », estime  Bernard Cohen-Hadad,  président de la Commission financement des entreprises à la CGPME. Le manque d’investissement des PME ne serait donc pas à imputer en premier lieu à la frilosité des banques. « Ici ou là, tout ne va pas bien, en fonction du réseau, de l’agence, il y a des  situations difficiles qui justifient l’intervention de la Médiation du crédit, ou d’autres partenaires » explique  Bernard Cohen-Hadad.  Pour autant, « on a trop souvent caricaturé le rapport banque-PME (…) Ce qui est important, c’est de construire  le dialogue » ajoute-t-il.

 Coté banque aussi, on affiche l’apaisement. «  C’est surtout dans les agences que cela frotte avec les TPE », admet Jean-Daniel Wurtz, responsable du marché des entreprises pour les réseaux de BNP Paribas, qui souligne les efforts faits par son établissement pour améliorer  la professionnalisation  des  chargés d’affaires  et leur attitude vis-à-vis des clients.  Par ailleurs, soutient Jean-Daniel Wurtz, la banque s’est engagée à reconduire sur 2012 et 2013 les  enveloppes de crédit aux TPE et aux PME consenties en 2011.   Mais «  la demande a ralenti. Il est probable que les chiffres de l’enveloppe ne seront pas atteints » note le banquier. Côté fonds propres, «  la filiale BNP développement produisait une cinquantaine de millions d’apports de fonds propres minoritaires dans les PME. Nous avons doublé le montant » assure Jean-Daniel Wurts. Il attire aussi l’attention sur l’impact potentiel de la nouvelle règlementation Bâle III pour les banques.

Les PME ne peuvent pas se passer des banques

De toute façon, les PME semblent ne pas avoir vraiment le choix et ne peuvent se passer des banques, les autres sources de financement ne répondant qu’à une partie restreinte de leurs besoins. « La source principale reste le financement bancaire. C’est un problème de culture. Quand on est commerçant, professionnel, on va d’abord voir un banquier de proximité. La banque doit rester le partenaire privilégié (…). Les autres pistes ne conviennent pas à toutes les entreprises. Le marché financier est  adapté pour lever rapidement des fonds importants pour des entreprises dynamiques, comme une  belle PME qui veut devenir une ETI, par exemple, mais pas pour une TPE », estime Bernard  Cohen-Hadad. «  L’accès à la bourse pour les TPE et PME n’est pas une alternative souhaitable, car il est difficile de se retirer de la bourse, cela coûte cher », renchérit  Jean-Marc Durand, directeur général délégué d’Oséo.

Des alternatives

A côté de la bourse et du réseau bancaire classique, restent les alternatives comme les Business Angels et les capitaux-risqueurs comme IDF Capital, un fonds d’investissement régional doté de 22 millions d’euros, qui a investi dans quelque 200 entreprises ayant des projets de développement.  «  Nous sommes complémentaires des banques. Les entreprises manquent de fonds propres, avant d’aller chercher du crédit », explique Albert Olivier, président du conseil de surveillance d’IDF Capital, qui investit en moyenne un « ticket » de 400 000 euros par entreprise. Souci, d’après le financier, il devient de plus en plus difficile de «  sortir » de l’entreprise : «  Nous devons refinancer. Les banquiers viennent aussi moins volontiers », déplore Albert Olivier. Pour sa part,  la CGPME souhaiterait le développement de  « petits tickets » dont ont besoin les PME, de l’ordre de 30 000 euros par exemple. «  Ce n’est pas très rentable pour le capital investissement, mais cela l’est pour l’entreprise, car cela permet de débloquer un prêt », plaide Bernard Cohen-Hadad.

Autre possibilité de financement, pour certaines entreprises  d’un type très particulier : les Business Angels, un réseau de quelque 4 500 investisseurs privés individuels qui se réunissent en club. Ces individus  «  investissent leur propre argent, (…) en fonds propres, et uniquement dans des entreprises innovantes et à fort potentiel de croissance, explique Philippe Gluntz,  président de France Angels, la fédération nationale des réseaux de Business Angels. « On investit en général là où personne ne va (…). Dans les premières années de la vie de l’entreprise, on est souvent les seuls », ajoute Philippe Gluntz. D’après lui,  « pour vraiment servir l’économie, il faudrait le double de Business Angels (…) Nous investissons dans 300 entreprises par an, quand 600 viennent nous voir ». Mais la réduction déjà effectuée des déductions fiscales sur l’ISF en cas d’investissement dans les PME n’est pas encourageante, regrette l’investisseur, qui en appelle à la mise en place d’un système totalement différent. «  Ce financement à travers l’épargne des particuliers doit être privilégié, il faut des mesures fiscales incitatives »,  soutient Bernard Cohen-Hadad.

Le rôle de la future banque publique d’investissement

Ces modes de financement ne répondent donc  pas aux besoins de toutes les PME, et notamment des TPE. Pour autant, inutile de fonder trop d’espoir dans la future banque publique d’investissement (Bpifrancequi doit voir le jour fin décembre.  « Le crédit moyen long terme des banques représente un peu moins de 400 milliards d’euros. L’encours d’Oséo environ 20 milliards. Ce n’est pas la BPI qui financera l’économie (…). Son rôle sera d’aider, d’accompagner, là où les banques n’interviennent pas », estime Jean-Marc Durand. Selon lui, le rôle de la politique publique devrait consister à aider de façon plus efficace les entreprises à l’export, dans ses aides au financement.  « Face à une croissance atone en France, il faut impérativement se tourner vers l’international, même pour les PME », estime-t-il. Et l’aspect financier est crucial : « La dimension fonds propre de l’entreprise est  indispensable pour passer des tailles critiques. Cela passe par  de la  croissance externe, du  rachat entreprises, pour  atteindre des  tailles comparables  aux entreprise allemandes, pour devenir  plus productives, plus performantes, à l’international  et en matière d’innovation. C’est comme cela qu’on retrouvera  une compétitivité industrielle », assure Jean-Marc Durand.