Table ronde : les PME peuvent-elles se passer des banques ?

Le 14 octobre 2016. Dans un environnement qui voit fleurir de nouvelles solutions comme le crowdfunding et persister une part d’insatisfaction de la part de TPE face aux banques, les entreprises pourraient-elles se passer de ces dernières ? La table ronde sur le financement des PME a évoqué la diversification de ces sources de financement.

Intervenants

Fabrice Pesin, Médiateur national du crédit et président de l’Observatoire du financement des entreprises

Nicolas Lesur, co-fondateur de la plate-forme de prêts Unilend et président de Financement Participatif France

Christophe Descos, directeur du marché des entreprises et institutionnels Banques Populaires

Bernard Cohen-Hadad, président de la Commission financement des entreprises à la CGPME

Anne-Marie Cano, PDG, iDalgo

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Aujourd’hui 9 entreprises sur 10 ont accès au financement demandé

Alors qu’elles ont des besoins à financer pour lesquels elles ne trouvent pas de crédits bancaires, et qu’émergent de nouvelles formes de financement, les petites entreprises pourraient-elles se passer des banques ? Les invités la table ronde annuelle sur le financement des PME ont débattu de cette question.

« Aujourd’hui 9 entreprises sur 10 ont accès au financement qu’elles demandent », a souligné Christophe Descos, responsable du marché des entreprises des Banques Populaires (un million de TPE et 40 % des entreprises clientes). « Sur certaines niches, c’est plus compliqué, des business-models plus disruptifs demandent une analyse du risque plus complexe », modère-t-il cependant. C’est pourquoi les Banques Populaires ont lancé en 2013 avec le Fonds européen d’investissement (FEI), « Innov&Plus », un prêt à l’innovation à des conditions favorables (de 25 000 euros à 1,5 million) : il complète parfois une levée de fonds et a permis de financer 1 000 entreprises à ce jour.

Anne-Marie Cano, PDG d’iDalgo, agence de communication digitale qui produit du contenu sportif pour les médias, a expliqué qu’elle a cherché un million d’euros pour financer un plan à trois ans destiné à croître à l’international et à développer de nouveaux produits. Elle n’a pas trouvé de financement auprès des Business Angels car iDalgo, créée il y a onze ans, n’est plus perçue comme une start-up. Ni auprès de plates-formes de crowdfunding, notamment parce qu’elle travaille en B to B.

Immatériel pour les TPE

PME et start-up se tournent désormais vers le « crowdfunding » ou financement participatif. « Unilend sélectionne des entreprises profitables qui ont besoin de se développer et de financer des besoins immatériels, des TPE entre 800 000 et un million d’euros de chiffre d’affaires », résume Nicolas Lesur, son fondateur. « Le vrai sujet pour les TPE, c’est le financement de leurs dépenses d’immatériel, pour lesquelles les banques ne sont pas éligibles au refinancement de la Banque centrale », analyse-t-il. Depuis fin 2013, Unilend a financé plus de 280 projets pour un total de 21 millions d’euros collectés en ligne.

« Les pouvoirs publics et les acteurs de la place font aujourd’hui la promotion de sources complémentaires de financement, a rappelé Fabrice Pesin, médiateur du crédit aux entreprises. Pourquoi ? Les établissements de crédit sont soumis à de nouvelles règles prudentielles internationales qui ont des effets restrictifs sur le crédit bancaire ». Il a énuméré ces nouveaux outils à disposition des PME : « Depuis août 2013, les assurances investissent dans des fonds de prêt à l’économie. La charte euro PP a été signée, l’ordonnance de 2014 soutient le crowdfunding. Plus récemment, la loi Macron a créé les prêts inter-entreprises, une nouvelle dérogation au monopole bancaire, et il y a aussi la volonté de développer le financement sur stock, résume le médiateur. Il faut que le chef d’entreprise s’approprie ces outils. Les banques vont rester des partenaires prédominants pour les TPE, PME et les ETI ; elles seront les acteurs qui combineront l’ensemble des financements disponibles ».

Christophe Descos livre, quant à lui, une analyse proche : « La banque n’a pas forcément envie de porter dans son bilan l’ensemble de la dette d’une entreprise cliente. Elle veut assembler des solutions, euros PP, fonds de dette, etc. Le financement participatif est intéressant parce qu’il bouscule les banques, sur la rapidité de réaction à la demande par exemple », confie-t-il.

Palette de financements

 « Nous avons beaucoup progressé depuis 2008, aujourd’hui il y a une nouvelle façon de gérer l’économie, et la palette de financement des PME a changé, analyse Bernard Cohen Hadad, président de la Commission financement de la CGPME. Mais les PME peuvent-elles se passer des banques ? Non, pas plus hier, qu’aujourd’hui ou demain. C’est une question de stabilité, de sécurité. Nous avons en France des banques stables et, au minimum, avoir du financement bancaire c’est avoir de la stabilité pour l’entreprise ». De fait, le total des encours des crédits bancaires aux entreprises  (grandes et petites) avoisinait les 900 milliards d’euros à fin août 2016.

« Il y a deux secteurs en plein essor aujourd’hui, le capital investissement, dont les taux de rendements ont augmenté, et qui finance aujourd’hui des PME. Et, pour les belles entreprises en très forte croissance, le financement par la Bourse fonctionne. Mais il n’y a eu que 26 introductions en Small Cap en 2015 … je ne m’en satisfais pas », ajoute-t-il.

La conclusion est revenue à Fabrice Pesin : « On parle de désintermédiation du financement mais aujourd’hui, il y a une « réintermédiation » par d’autres intermédiaires, comme Unilend. Pour les grandes entreprises, la désintermédiation est effective et peut aller jusqu’à 50 % de financement non bancaire. Pour les petites entreprises, c’est plutôt 99,5 % de crédit bancaire versus 0,5 % auprès d’autres sources ».